Aujourd'hui, je t'ai dit que je ne tenais plus, qu'il était insupportable. Je fais tout pour lui plaire, mais il y a toujours quelque chose qui ne va pas. Je te parle à toi parce que je ne sais pas à qui parler. Une psy ? Mais ... Il faudrait tout reprendre depuis le début :S Et puis pourquoi faire alors que toi tu sais déjà tout de moi ?
Je suis en train de passer par ce par quoi tu es passée. Oh mon Dieu ! C'est français ce que je viens d'écrire ?! Bref. Tu me manques, et tu peux pas savoir à quel point j'ai été soulagée de t'avoir au téléphone hier soir. Ta mère a dû te tuer pour ton forfait, j'imagine ! XD Mais tu ne voulais pas lâcher l'affaire hein. Comment je fais pour tenir ? J'en sais rien. J'vais mal, la dépression est revenue. Je ne fais que pleurer, je panique pas possible à l'école [ et ouais ... ] et Vivi m'a dit que c'était dû à ma manie de la " perfection ". Ouais, si je fais quelque chose, je veux que ce soit parfait. Et alors ? C'est quoi le souci ? Le souci, c'est que je veux tellement être parfaite que, lorsque je n'y arrive pas, je perds tous mes moyens. T'aurais dû me voir vendredi matin.
- T'as fait le devoir de français ?
- Nan, c'est pour lundi.
- Ah nan. Lundi, c'est le chapitre sur les Lumières !
- Quoi ?! Merde ! Mais je ... comment je vais faire ? Merde, merde et merde ! *se fout à pleurer*
J'te jure. Pathétique. Et puis vendredi, dernière heure. Je l'avais étudié ce contrôle, vraiment. Alors comment j'ai pu avoir une note pareille ? C'est décourageant. La prof me l'a dit. " On est exactement à huit jours des examens ... " J'ai peur. Je ne supporte pas mon frère, je n'arrive plus à étudier. Plus l'envie ni les moyens. Y'a rien qui rentre, je suis trop fatiguée ! Je n'ai qu'une envie, c'est de dormir. Y'a pas photo, je ne vais pas me mentir. La dépression est revenue, et au triple galop. Seulement, ce n'est pas la même chose que la précédente. Je n'ai pas envie de mourir ni envie de me tailler les veines. Quoique ... L'idée est passée dans ma tête, je ne vais pas te mentir. Mais comme me l'a dit mon père, je me suis déjà bien assez abimée -__-'
Tout à l'heure, ça a recommencé. Juste un reproche, et j'ai pleuré. Qu'est-ce qui m'arrive ? ... Il est venu s'excuser dans ma chambre après, et il m'a demandé ce que j'avais. Mais si je le savais, je le lui dirais ! Rien que pour ça, j'ai eu envie de le frapper. J'suis pas normale. J'ai la rage, confiance en personne, j'ai peur que ça se retourne contre moi. Toi seule me comprend ... J'ai tellement envie de te voir, mais c'est si compliqué. Une après-midi, c'est tout ce qu'on nous accorde ? Je ne vais pas dire que ça n'en vaut pas la peine, mais quand même. Pas envie d'être heureuse pour quelques heures et qu'ensuite on m'enlève mon bonheur. Comme tu l'as dit dans ta lettre, la vie n'a pas été des plus généreuses avec moi. Ma puce, les TCA reviennent et j'ai peur ... C'est pas juste. Au moment où toi tu t'en sors, il faut que je replonge. J'espère seulement que je ne t'entraînerai pas avec moi. Tu ne le mérites pas, tu vaux mieux que ça.
J'vais pas tenir en cours. J'suis si fatiguée que je m'endors le matin, qu'il faut attendre midi pour que je sois réveillée. J'en ai marre que les profs me regardent gentiment en me demandant si je veux sortir de la classe pour prendre un peu l'air, j'en ai marre que mes " amies " [ guillemets parce qu'elles me connaissent à peine, faut dire que je leur parle pas beaucoup non plus, sauf à Amélie D. ] me trouvent le teint pâle et le visage fatigué, j'en ai marre de lui. Pourquoi j'ai pas le droit au bonheur ? Et si c'était moi qui provoquais tout ça ? C'est quoi la formule miracle ? C'est quoi le but de ma vie ? Putain, j'ai presque 17 ans et je ne sais même pas ce que je veux faire de ma vie ! Oh si, une chose. Le délire de la dernière fois. Tu te rappelles ? " S'il ne veut pas que je fasse mes études de droit, alors je me casse en mission humanitaire ! " Je te jure. Si je sais pas quoi faire de ma vie, alors je la mettrai au profit des autres. Tu me connais et tu sais comment je suis. J'aime écouter, aider, réconforter ... Enfin, si le bonheur des autres peut faire le mien, je ne vois pas pourquoi je m'en empêcherais. Mais pour ça, il faut que j'affronte le bahut et ça, c'est quelque chose qui va être dur, même très dur. A bas les crises de panique, de larmes, la fatigue extrême et la lassitude ! Pourrai-je m'en sortir seule ? Encore une fois ? J'en sais rien, y'a trop de trucs qui ne vont pas dans cette vie.
C'est une nouvelle période difficile de ma vie, mais je ne me laisserai pas aller. J'ai besoin de réapprendre à sourire et à apprécier la vie. J'ai besoin de toi, besoin que tu sois avec moi. Je n'irai pas au SAJ, je n'écrirai pas au juge de la jeunesse, ne me demande pas de faire une chose pareille. Ce serait le condamner et, même s'il me fait subir toute cette torture mentale, il reste celui qui m'a élevée. Pour l'instant, je crois qu'il se rend compte que je ne vais pas bien. Après tout, j'ai quand même " explosé " deux fois aujourd'hui. J'ai pas ouvert la bouche chez ma grand-mère.
- Tu ne manges pas ?
- Non.
- Espèce de gaspilleuse, va !
- Je sais mamy, je sais.
- Va faire la vaisselle.
Ca m'fait toujours marrer ça. J'suis invitée et pour le même prix, j'ai la vaisselle qui va avec. J'suis désolée mais j'suis pas une sous-merde hein ! Je lui en veux pas, j'y arrive pas. J'ai failli la perdre y'a quelques temps, et j'me dis qu'elle reste ma grand-mère adorée, celle qui m'a foutue des baffes et des coups de pieds aux fesses, celle que j'ai enfermée dans les toilettes quand j'avais cinq ans ... Avec mes conneries à pas manger, j'ai déjà perdu deux kilos. Malin, je sais. Le pire, c'est que c'est sur deux jours de temps. Pas mangé hier soir, pas mangé ce matin, un peu mangé ce midi. Forcément que je perds du poids. Ca m'inquiète ? Oui et non. Ce qui m'effraie le plus, ce sont les crises de boulimie. Celles-là, je ne les contrôle pas, et tu sais à quel point j'aime contrôler. Deux jours, deux crises. Deux jours, deux kilos en moins et je pleure toujours autant.
Je lui en veux putain ! Il se rend pas compte. J'vais crever s'il continue. Crever de quoi ? Sais pas. Quand j'étais petite, on me disait que les gens mouraient de chagrin. Cela signifie-il qu'ils étaient dépressifs et qu'ils se laissaient mourir de faim ? Je n'arrive même plus à me souvenir de mon " autre " dépression. Je voudrais à nouveau ressentir ce que je ressentais ; je suis persuadée que c'est différent aujourd'hui. J'ai peut-être mûri ? Mais je suis toujours persuadée que ce que j'ai fait n'était pas des conneries. Si je n'avais pas fait tout ça, je ne serai pas la personne que je suis maintenant.
J'ai perdu le sourire, encore. La solution ... je la cherche. Mais, et si elle n'existait tout simplement pas ? Si j'étais destinée à être malheureuse toute ma vie ? Je n'arrive pas à sourire ! Ou alors ça passe très vite. Il a dû se passer quelque chose, un truc qui a tout " re " déclenché. Je pense au procès, à ce 12 décembre qui me dira si oui ou non la justice va me priver de ce père qui me faire tant souffrir mais que j'aime malgré tout. Et puis tu sais aussi ce qui ne va pas. J'veux pas en parler. Je veux oublier, pouvoir avoir un petit copain sans avoir de blocage ni d'horribles flashs, sans le lâcher par peur d'être aimée ... J'veux te voir ! Je veux prouver à ma mère que je peux être heureuse, et ainsi elle le sera aussi !
Je veux tant de choses, mais elles ne sont pas toutes accessibles ... C'est la réalité de la vie. Merci à Vivi, j'écoute ABL et c'est tout sauf efficace en ce qui concerne mon moral. " Jared, mets-la en sourdine, va ! " Walà, version instrumentale, c'est mieux ! =D